mercredi 23 décembre 2009

Du blog au livre

Parlons blogs et livres, et livres de blogs, à cause de Chevillard.

L'émotion rare
Le 8 décembre 2009, Éric Chevillard publie sur son autofictif :
Il est évident que le lecteur qui achète aujourd’hui un livre dès sa parution plutôt que d’attendre de le trouver d’occasion ou plus tard éventuellement en édition de poche, plutôt encore que de l’emprunter en bibliothèque – et quoi que l’on pense par ailleurs de ces usages certainement justifiés – fait montre envers l’auteur d’une attention (d’une prévenance, d’une délicatesse) qui est en passe de devenir pour celui-ci une émotion rare.

Il m'arrive d'être de ces lecteurs-là. De manière récurrente pour Jean Echenoz, Marie NDiaye ou Patrick Modiano. Cette liste ne vous étonne pas, j'en parlais ici. Et parfois pour quelques autres. Une fois achetés, il peut se passer quelques mois avant que je n'ouvre ces livres. Mais il me les faut rapidement, parfois même le jour de parution. Je n'explique pas cet étrange manie, certainement pas par la crainte d'une rupture de stock. Notez que, étrangement, quand vous allez le jour de parution d'un livre de Jean Echenoz dans une Fnac (ou un Virgin), vous avez la surprise qu'on vous réponde qu'il n'est pas encore disponible. À l'inverse, pour la sortie d'un tome d'Harry Potter, des ouvertures exceptionnelles étaient organisées à minuit le jour J. Pourtant, Harry Potter n'est pas publié chez Minuit, contrairement à Echenoz !

Choir de Éric Chevillard (Minuit)Revenons à Éric Chevillard. Au-delà de l'appel à la consommation (il sort deux livres en janvier) et au besoin légitime de tout écrivain de gagner de l'argent, j'ai la faiblesse de croire qu'il est sérieux lorsqu'il parle de cette émotion rendue plus rare.
Alors quoi, vais-je acheter les livres d'Éric Chevillard ? Le Normand que je demeure sera fidèle aux clichés : oui et non. Oui, le 14 janvier, j'achèterai son livre Choir. Parce que les premières pages m'ont convaincu.
Non, le 20 janvier, je n'achèterai pas la saison 2 de l'Autofictif, pour deux raisons. Premièrement parce que le 20 janvier je serai à New York (au Krispy Kreme, au Burger King, ou ailleurs), deuxièmement pour ce que je vais évoquer maintenant.

Livres de blogs
Pour moi, tenir un blog, fût-il littéraire, ce n'est pas écrire un livre.
L'Autofictif voit une loutre de Éric Chevillard (l'Arbre vengeur)C'est le cas de l'Autofictif. Chaque jour je me régale du tryptique, adapté au format blog, à l'actualité, mais il me semble qu'il perd de son intérêt passé au format livre. Surtout qu'il n'y a aucun travail d'édition, à savoir de tri, de correction, comme je l'ai déjà indiqué sur ce blog. La deuxième saison de l'Autofictif sort en livre, sous le titre l'Autofictif voit une loutre, le 20 janvier, chez l'Arbre vengeur.
C'est pour exactement les mêmes raisons que je ne sortirai pas les 807 en livre. On me l'a proposé, j'y ai beaucoup réfléchis, pensé à différentes options. Mais sortir les 807 en livre impliquerait un vrai travail d'édition, pour un résultat incertain. Qui achèterait un tel livre ? En vendrait-on 807 exemplaires à 8,07 euros ? Tiens, j'aimerais bien savoir combien l'Arbre vengeur a vendu d'exemplaires de l'Autofictif, certainement assez pour sortir la saison 2. De plus, l'intérêt de cette aventure 807 reste la diversité des participants, avec leur richesse et leur faiblesse, sélectionner certains 807 ou auteurs diminuerait cette diversité. Et comment être à la fois juge et partie, je fais partie de ceux qui ont écrit le plus de 807.
Il existe maintenant un mot un peu barbare pour désigner les livres issus d'un blog : blook (initié par Tony Pierce). Il existe même un prix du blook. Encore un mot inutile. Si ledit blook n'est qu'une suite d'élucubrations, qu'un journal intime, de l'autofictif à la Angot, le blook lui-même est inutile. Si le blook a été conçu comme un livre avec édition et corrections, alors c'est un livre, qu'importe si le brouillon était un blog ou du papier griffonné sur le bureau de l'auteur.

Enfin, laissons l'écriture bloguesque aux blogs.

Soyons juste, parfois, en ouvrant un livre, on se dit qu'une version blog aurait grandement suffi. C'est ce que je me suis dit encore aujourd'hui (enfin, hier, vu l'heure) en feuilletant le livre d'Anne Brochet, Un tour en ville, chez mon libraire. Des photos, de maigres textes. Je n'ai pas encore lu de livres d'Anne Brochet dont j'ai entendu plutôt de bons échos. Mais là, ce tour en ville, ne valait pas un livre, alors qu'en blog cela aurait pu donner quelque chose d'intéressant.

Petits pains au chocolat de Roxane Duru (Stéphane Million éditeurNotons ce qui reste pour moi la seule expérience intelligente autour des livres et des blogs, le livre de Roxane Duru, Petits pains au chocolat (Stéphane Million Éditeur). Elle a écrit son premier roman en utilisant les éléments d'un blog : posts et commentaires. On y trouve, comme un journal, par date des états d'âme, événements de la narratrice. Mais suivis de commentaires sous pseudo, avec souvent réponse de la narratrice. J'ai trouvé l'idée intelligente donc, un vrai style, mais je n'ai pas aimé. Je n'ai pas aimé parce que je me suis senti vieux, loin de ses états d'âme, du côté autofictif, de son style aussi.
Les jeunes s'y retrouvent certainement, les vieux cons comme moi pas du tout. Un article ici pour en savoir plus.

Liens bloguesques
On me demande pourquoi je ne mets pas tous mes amis dans la liste blogs sur le côté.
C'est vrai, il n'y a pas Georges Flipo, Gaëlle Pingault, Manu Causse, Joachim Séné, Jean Prod'hom, Emmanuelle Urien... (liste non exhaustive). Bah, la raison est simple, ne figurent que les blogs où on peut me lire (Mot Compte Double, Magali Duru, Calipso) ou entendre (Page 48), ou que j'ai créé (Les 807).

J'ajoute deux nouveaux liens, Les Chevaliers des touches, le blog que Martin Winckler a ouvert pour les écrivants, vous pouvez y lire un de mes textes sur le besoin d'écrire (vous avez le droit de ne pas être d'accord) et le Cabinet des curiosités d'Éric Poindron qui a relayé les 807, avec certains de mes messages, et dernièrement il a publié mes réponses à un questionnaire loufoque. J'espère qu'en lisant mes réponses vous vous amuserez autant que moi en les écrivant. C'est du blog, alors j'y ai recyclé du Chevillard. Je vous encourage à répondre à votre tour...
Je fréquente régulièrement ces blogs amis, et d'autres (La République des livres). J'en profite pour signaler le retour de Stéphane Laurent. On se connaît (virtuellement) depuis un bail, depuis l'époque où il avait créé un forum sur les concours de nouvelles. Je partage souvent ce qu'il écrit.
Alors la raison pour laquelle je le lis c'est surtout pour la façon dont il le dit ! Pas de demi-mesure chez Stéphane, parfois de la mauvaise foi (assumée) mais surtout une réelle passion pour la littérature.

Ça se termine
Eh oui, 2009 se termine, je vous souhaite de bonnes fêtes et de bons livres au pied du sapin. Pour commencer 2010, je vous prépare deux pastiches (Laurent Mauvignier pour une histoire de pancakes pour changer des doughnuts et Éric Faye pour une fièvre sexuelle), une seconde traduction en anglais et je vous parlerai de ce recueil de nouvelles collectif qui sortira pour le Salon (du livre de Paris, clin d'œil à Georges) à l'Atelier du Gué avec un de mes textes illustré par l'École Estienne.

Allez, à l'année prochaine !

Note du 28 décembre 2009 : le titre initial de ce billet était affreux, je le change pour du moins pire.

samedi 12 décembre 2009

Erika et les hyènes

Ce soir, séquence souvenirs avec un naufrage et la prose d'Alphonse Allais.

Une pensée pour Erika
Le 12 décembre 1999, le pétrolier Erika faisait naufrage. Je termine donc ma dixième année de boycott, je n'achète plus d'essence au groupe Total. Enfin, soyons honnête, deux exceptions tout de même, pour éviter une panne.
Je ne suis néanmoins pas dupe : le groupe embauche des traders qui achètent et revendent du pétrole sur le marché des matières premières. Alors bien malin qui saurait dire avec certitude que l'essence qu'il achète chez Auchan, voire BP n'a pas été raffinée à partir de pétrole extrait dans une usine Total, quelque part dans le monde, allez, au hasard, en Birmanie par exemple.
En tout cas, je suis assez fier de mon boycott qui s'avère diablement efficace. Oui, le résultat est édifiant : le groupe Total ne s'est jamais aussi bien porté ! Les actionnaires me remercient. D'ailleurs, cela commence à se savoir car TF1 vient de me demander de boycotter la chaîne, histoire de lui donner un coup de pouce.

Total, (c) Cédric Galopin

La vieille étournelle
Bizarre ce billet, encore une fois, vous vous demandez où je veux en venir. Pourquoi vous parlé-je de Total ? Quel rapport avec la littérature ? Eh bien, c'est l'occasion de lire Marées noires, la nouvelle de Bernard Quiriny dans ses Contes carnivores (précisons que pour l'apprécier, le second degré est de mise). Je recommande grandement ce recueil, inégal certes, mais drôle et drôlement inventif. Je ne vous en proposerai pas l’écoute de la page 48, car elle est blanche, vide de mots. C’est aussi l’occasion de relire Alphonse Allais, ce fou qui voulait construire les villes à la campagne. Ce fou écrivait ceci il y a plus d’un siècle (publié le 14 novembre 1900 dans Le Journal) :

Hyène, hyène, tu me fais languir !

Le jour viendra – je ne me lasserai jamais de le répéter – où l'humanité aura tiré des flancs du globe toute la houille, en aura pompé tout le pétrole, et, ce jour-là, je me demande un peu quelle tête fera l'humanité, cette vieille étournelle !
Donc, préparons-nous-y dès maintenant à cette date ; habituons-nous à nous passer de la vapeur, fabriquons notre électricité, avec ces moteurs naturels qui s'appellent les chutes d’eau, le courant des rivières, le flux et le reflux des mers, le vent, etc., etc.

Étonnant, non ? La suite du texte ressemble à du Allais, il propose d’utiliser l’énergie des hyènes (oui, les animaux) pour remplacer le pétrole. C’est très drôle, évidemment. Pas sûr cependant qu’il se marrerait autant aujourd’hui.
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Photo: Total, de la série Background, (c) Cédric Galopin
J'en profite pour signaler
Dualité l'exposition de peintures de Cédric Galopin aux Parasols de Rungis jusqu'au 22 janvier 2010.

mercredi 25 novembre 2009

Rien à boire

Le 25 novembre 2008, j'écrivais qu'il n'y avait rien à lire sur ce blog. Aujourd'hui, j'ai le regret de vous annoncer qu'il n'y a rien à boire. Et pourtant Vers minuit souffle sa première bougie. Merci à vous, lecteurs, et bien entendu, le blog reste ouvert.


dimanche 15 novembre 2009

807 : fin de la saison 1

Les 807Voilà, c'est fini, comme le chante Jean-Louis Aubert, et pour mes amis anglophones, this is the end, comme le chantait Jim Morrison (un peu plus glamour). Demain lundi nous vous offrons un bouquet d'une quarantaine de 807, et le 807e sera publié mardi à 8h07.

Le titre du billet peut être lu comme une promesse (chouette bientôt une saison 2), comme une précaution (ne fermons pas la porte) ou comme une technique de mauvais commercial (viendez souvent sur mes blogs pour savoir quand reprendront les 807 alors que je sais la fermeture définitive).
Je vous sens hésitants, est-ce du lard ou du cochon mexicain ? Allez, je suis bon : option 2. J'ai besoin de temps pour terminer trois livres, et les 807 m'en prennent énormément. Le numéro 807 me paraît un bon chiffre pour une pause.

Sincèrement, je ne sais pas encore si cette pause sera définitive. Mais il est certain que si les 807 reprennent du service, ce ne sera pas avant fin janvier. Et j'en profiterais pour changer la formule, pour trois raisons : ne pas lasser, donner plus de liberté aux auteurs et diminuer ma charge de travail.
Et comme je l'écris dans le 806e, merci à tous.

mercredi 4 novembre 2009

The Doughnut in a Pinch

Comme promis, here is the translation de mon pastiche de Marie NDiaye (Goncourt 2009 !). J’ai des amis et des collègues all over the world, de Bangkok à Dallas, from New York to Beijin, de Moscou à Glasgow, and these friends ne parlent pas tous french. Ils me demandent ce que j’écris, sure they won’t ask me après ça. Thanks a lot to Sharon for the translation, and as usual l’illustration est une œuvre de Abbey Ryan. Bonne lecture !


The Doughnut in a Pinch
In the style of Marie NDiaye

Caryn is looking at me, unless she is Maureen, I can’t tell them apart, she glares at me because she doesn’t like my answer, although, in any case, she wouldn’t have liked any other. My daughters reject and criticize everything I say, incessantly reproaching me for their not having a father – it’s my fault. They think that I decided that they wouldn’t have a father, while still I don’t know how I could have Powdered Donut No. 4 by Abbey Ryan gotten pregnant, and I am not ashamed to say I am convinced that I didn’t sleep with anyone at that time, finding myself too fat, boring and therefore too ugly to be of interest to decent boys; and to have, in a moment of weakness, confided this to my daughters, they consider me a nut case, calling me the virgin Mary. Is it possible to have such a relationship with one’s mother? When in any case this mother would be incapable of distinguishing the twin girls that she gave birth to and whose father is unknown? A father who, no matter who he is, would he be able to distinguish one from the other, himself? Would he be able to say with any certainty what differentiates the girls since they are continually changing? Because they do change, I am sure of it. I had made note of a beauty mark on the right cheek of Maureen. Today that beauty mark is on the left cheek of Caryn. Caryn was in the habit of tucking behind her left ear, the hair that was always falling in her face. Maureen now has this habit, but with the right ear. Maureen used to like glazed doughnuts unlike Caryn who now likes them. They are planning to drive me crazy. I believe that they are conspiring with the furniture. The armchair in which I am sitting, for example, as I was reading when they came to ask me who knows what. This comfy old chair always greeted me with kindness, that cuddled me very often, and well, it’s with them from now on: it now hurts my back, it moves ever so slightly when I leave the room, and it changes color. I’m not saying that it changes from green to orange, no, its change is more nuanced, insidiously, just enough for me to notice it and just too little for me to report it. I forget about the question that my daughter asked and the answer that earned me her glare. She shakes a Dunkin Donuts bag under my nose. Maybe she’s upset with me for not ordering the variety she wanted? So, Caryn looks at me. Unless she’s Maureen. It’s of little importance since they are both in front of me. The one who isn’t looking at me is staring at her feet. Initially, it was Maureen who was the most shy, now I’m sure of nothing. The only thing of which I am certain today is that they both despise me maniacally. My daughter gives up glaring at me, I now find some irony in the way she looks at me, and I await something treacherous as I sink down into my armchair which pushes me away gently but firmly. I tell you, that chair is on their side.
She declares “Your brain looks like a doughnut – with a big hole in the middle”. I don’t get where she is coming or going with this doughnut metaphor. So, I opt for indifference, which disappoints her. She announces “We’ve found Dad. He lives in Manhattan.” Then she tells me that they met him six months ago, and that they’ve been seeing him regularly since – that he has become someone important on Wall Street; that he has never been able to tolerate that I hid their birth from him; that he would have married me; that we would have been a family, but it’s too late now, he no longer wants to see me, but he does want to see his girls.

She stops to analyze the effect of their words by the look on my face. Many seconds pass. She seems satisfied with the result. She says to me “Mom, we are 15, we have the right to decide, and we want to live with him, and he is OK with it.” My eyes fill with tears and I scream out “be quiet!” I am not screaming because they want to leave, but because I still have no idea who they could be talking about. Who is it? Who is your father? I was too fat and too ugly to have slept with anyone. How can I make you understand, Caryn?
Unless you’re Maureen.

Translation by Sharon Bardfield-Phillips

samedi 24 octobre 2009

Je vous invite au bal

Calipso, le café littéraire, philosophique et sociologique comme il se définit, a donné carte blanche à Suzanne Alvarez. Alors Suzy a ramené ses potes dans le café, ils se sont rapidement mêlés aux habitués, on a monté le son du jukebox et ce beau monde a improvisé un bal tendance populeux. Depuis quelques jours donc, le bal des 500 entraîne poètes et nouvellistes, et c'est à mon tour ce soir de pousser la chansonnette, sûrement pas la plus gaie. Venez découvrir une nouvelle de 100 mots, Ventre, avant un rappel pour le bouquet final, Radio dans quelques jours.


mercredi 21 octobre 2009

Je vous invite au Krispy Kreme

Magali Duru, avec la complicité de Monique Coudert, avait lancé sur son blog un appel à textes oulipien. Il fallait écrire un texte avec les phrases suivantes, et dans l'ordre :
La place en est couverte
Sept à trois il me semble
Pourquoi pas juste un vert ce serait l’idéal
Je ne ferme pas la porte
Autrefois c’était beaucoup plus fort
Montrez-moi cette main
Exactement
Je sais très bien d’où vient cette lettre
Mais pourquoi l’ajourner

J'ai répondu présent, évidemment. Après ceux de Joël Hamm et de Pierre Magnin, vous pouvez trouver le fruit de mon imagination avec Au Krispy Kreme, une suite à mon Doughnut à l'étroit (d'où l'illustration qui suit).

Sprinkle Donuts by Abbey Ryan
À ce propos, je finalise la traduction du premier doughnut qui sera bientôt publiée ici, eh oui, la littérature n'échappe pas à la mondialisation, je suis obligé de répondre à la demande qui me vient de Thaïlande, Russie, Écosse, États-Unis...

Enfin, je prépare la suite et la fin de cette série. Comme pour les 807, à partir d'une idée un peu conne, j'élabore un projet plus complexe qui, je l'espère, vous intéressera.

La prochaine fois, je vous parlerai du bal des 500.
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Illustration : montage à partir de peintures de Abbey Ryan, la série Sprinkle Donut. Cliquez sur l'image pour aller sur son blog, Ryan Studio.

mercredi 14 octobre 2009

Ne donnez pas le Goncourt à Marie NDiaye !

Puisque nous sommes entre nous, je vais vous avouer une faiblesse : je suis un fan de Patrick Modiano, Jean Echenoz et Marie NDiaye. Merci de ne pas le répéter.

Snob avant tout
Aimer un écrivain qui a obtenu le prix Goncourt est une faute de goût. On le sait, ce prix n'a aucune valeur, ce n'est que magouilles et compagnie entre éditeurs par l'intermédiaire de leurs représentants dans le jury.
Il est ainsi de bon ton de dénigrer les primés dont on ne récompense pas le talent, mais celui de leur éditeur pendant les négociations (ah bon ? on dit délibérations ?). Et, pour couronner le tout, le prix fait vendre, beaucoup même, alors évidemment, ces écrivains deviennent nantis, pourris, n'écriront plus que de mauvais livres. Soyons donc snobs, ne lisons pas les Goncourt. Ou en cachette. C'est pourquoi je demande au jury d'épargner Marie NDiaye.

Modiano sous l'imper
Le Magazine littéraire #490Être fan c'est, quoi qu'il arrive, lire pratiquement tous les livres de l'écrivain, acheter le Magazine littéraire qui lui consacre un dossier. Je confirme : je suis fan de Patrick Modiano, enfin, de ses livres. Seulement, Monsieur Modiano a eu l'indélicatesse d'obtenir le prix Goncourt avant que je commence à le lire. J'use donc de toutes les techniques pour cacher mes lectures. J'utilise la carte d'abonnement de mes enfants quand j'emprunte un de ses livres à la médiathèque, et si j'achète le livre, je mets lunettes de soleil et imperméable et vais commettre une infidélité à mon libraire dans un lieu impersonnel : la Fnac. Et si la caissière saisit le livre trop longuement, si je la vois lire le nom de l'auteur, j'ajoute que c'est pour offrir, que tout le monde n'aime pas la littérature. Une fois rentré, je m'enferme et mets Le Baiser Modiano de Vincent Delerm pour lire le nouveau chapitre d’une œuvre faite d'absences, d'ellipses, de silences, une œuvre singulière et indispensable.

Le cas Echenoz
Je m'en vais de Jean EchenozJ'ai découvert Jean Echenoz avec Les Grandes Blondes. J'ai depuis tout lu de lui. Il dit de son œuvre qu'elle est géographique, ce qui est vrai quoique réducteur, car elle est aussi cinématographique (les transitions entre les chapitres, relire L'Équipée malaise) et musicale (quel rythme !). Et j'admire particulièrement son utilisation du futur, implacable. Et voilà qu'en 1999, Je m'en vais reçoit le prix Goncourt. Finies les discussions entres amateurs sur cet auteur à la limite du polar ; tout le monde s'est mis à lire notre Echenoz. J'ai donc adopté la même technique que pour Modiano, préférant néanmoins le jazz à Vincent Delerm, le rythme à la nostalgie.

Une femme puissante
Le Matricule des anges #107Avec Marie NDiaye, je pensais avoir trouvé un écrivain digne de confiance. J'avais adoré La Sorcière. Cette intrusion du fantastique pour illustrer l'étrangeté des relations humaines, ces personnages vils, couards. Pour sûr, la maison de retraite de Drouant allait laisser NDiaye en paix. Que nenni !
Son dernier roman, Trois femmes puissantes, figure, à juste titre, parmi les favoris pour le Goncourt 2009. Seulement, à quoi bon décerner ce prix à un livre dont on annonce près de 150 000 exemplaires vendus ?
Bien entendu, être fan ne dispense pas de la critique, au contraire. J'apprécie moins le théâtre de NDiaye, notamment Puzzle, et ses nouvelles (clin d'œil à Magali).
J'en profite pour signaler le pastiche commis ici (j'annonce la traduction en anglais pour bientôt) et ma lecture versatile disponible depuis hier (merci Pierre).

Alors, ce Goncourt ?
Tiens, au hasard, pourquoi pas Minuit ? Dix ans déjà depuis Echenoz. Peut-être pas à Jean-Philippe Toussaint, qu’on lit beaucoup au Japon, on le garde pour un Nobel dans quelques années, alors Laurent Mauvignier ! Dans la foule a laissé des marques chez moi et les premières pages de son dernier livre, Des hommes m'ont paru prometteuses.

Au cas où, le jury me suivrait, et pour ne pas subir la colère de Marie NDiaye, je serai sous les tropiques (à défaut de littérature géographique, je donne dans la géographie) le 2 novembre à 12h45, heure de Paris.

dimanche 27 septembre 2009

Song for Drella

Aujourd'hui je parlerai d'Andy Warhol, de Jérôme Attal, du Velvet Underground et, soyons fous, je pousserai même la chansonnette. Allez, c'est parti !

Jérôme Attal Superstar !
Le Journal fictif d'Andy Warhol de Jérôme AttalJ'ai récemment lu le Journal fictif d'Andy Warhol écrit par Jérôme Attal. Et j'ai trouvé ça hilarant. Entre hommage et pastiche, Attal a décidé de compléter le journal d'Andy Warhol car l'artiste aurait tu des événements, des réflexions qui méritaient leur immortalité. L'écrivain-parolier-chanteur-etc le fait le plus sérieusement du monde, alors c'est très drôle.
Par exemple, il compare le plafond de l'Opéra Garnier (décoré par Chagall, rappelons-le) au couvercle d'une cocotte-minute, ou alors il confond le bruit d'un chantier avec le second album du Velvet Underground, White Light/White Heat, et plus jamais vous ne lirez un SMS vous souhaitant la bonne année sans penser à Warhol.
Et c'est là la deuxième réussite de ce livre, au-delà de l'exercice de style ou d'un hommage sépia, il livre des réflexions profondes sur notre vie aujourd'hui, notre rapport aux autres, la consommation, la télé-réalité, etc. Le tout avec un art de la concision qui force le respect.
Enfin, il termine son livre par une nouvelle mettant en scène Andy Warhol et Billy (Name ?), lorsqu'ils étaient jeunes. Très drôle aussi.
Je dois avouer que je suis la cible parfaite d'un tel ouvrage. Je connais un peu la vie de Warhol, m'intéresse à sa Factory et suis un grand fan du Velvet Underground. Alors, le name-dropping ne me dérange pas et je comprends la plupart des allusions. Je me demande si vierge de culture warholienne, on peut apprécier ce journal fictif. Certains d'entre vous pourront peut-être me le dire.

Vers minuit n'est pas un blog de lectrice alors j'essaie quand c'est possible de compléter par une page 48, ou un exercice d'écriture lié au livre. Par exemple, j'avais écrit une nouvelle de 100 mots pour illustrer les Histoires Jivaro. Alors pourquoi pas m'essayer à écrire une page du journal fictive à la manière de ? Seulement, j'ai trouvé l'occasion trop belle pour vous parler du Velvet, et même de le chanter.

Le Velvet et moi
Pour ceux qui l'ignorent, The Velvet Underground est un groupe new-yorkais, composé à la belle époque de Nico, Lou Reed, John Cale, Moe Tucker et Sterling Morrison. Quel rapport avec Andy Warhol ? Warhol a contribué à faire connaître le groupe, l'a invité à rejoindre sa Factory, et produit le premier album dont il a aussi conçu la célèbre et non moins subversive pochette à la banane.
La musique du Velvet Underground a joué un rôle important pour moi. Sachez que je ne suis pas le seul, ce groupe a influencé beaucoup d'artistes, pas seulement des musiciens, le dernier en date, Beck, a enregistré entièrement ce premier album, se laissant aller à la fantaisie qui le caractérise sur des titres comme There she goes, Run run run et Venus in Furs tandis qu'il reste très (trop ?) respectueux sur les autres.
Je ne partage pas les préoccupations de junkies ou sadomasochistes de la majorité de leurs chansons. Ce qui me plaît dans leurs morceaux, c'est cette parfaite cohérence entre le fond et la forme, le rythme et le ton : le brouhaha répétitif de Sister Ray ; les accélérations de Heroin pour les shoots avec ce violon qui vrille le crâne ; le rythme répétitif de I'm waiting for the man et la légère exaspération dans la voix de Lou Reed qui attend son dealer.
Je recherche aussi cette cohérence en littérature : Modiano, avec son style épuré en adéquation avec les absences ; les intrusions du fantastique chez NDiaye reflétant l'étrangeté des relations humaines...
Vous l'avez compris je suis un grand fan du Velvet, un fan qui était à l'Olympia le 15 juin 1993, qui regrette d'avoir raté la reformation à Jouy-en-Josas le 15 juin 1990, et se demande pourquoi ses parents ne l'ont pas amené au Bataclan le 29 janvier 1972 (voyez l'argument qu'ils avancent : je sortais à peine de la maternité !). À ce propos, pourquoi ce concert au Bataclan n'est-il jamais sorti en DVD (uniquement en CD) ?
Bien entendu, j'ai beaucoup joué les chansons du Velvet.

Alors après des textes, des photos, des peintures, voici de la musique sur Vers minuit !

Le miroir en mille éclats
J'ai choisi de massacrer la chanson I'll be your mirror, une chanson d'amour du premier album (ils ne faisaient pas que dans la drogue). Reprise abondamment, vous trouverez des centaines de versions de cette chanson. Pour faire le malin, j'ai décidé de laisser tomber la guitare et de vous proposer un arrangement perso au piano. Je n'en connais pas de similaire.
Les fans reconnaîtront un côté John Cale sur la fin du morceau. D'ailleurs, cette version piano/voix manque un peu de relief à mon goût, si John Cale ou Laurie Anderson veulent bien m'accompagner au violon, voire fredonner, je ne suis pas contre. Je le fais en angliche au cas où ils passeraient par ici : John, Laurie, I'm ok to add your violin and/or your voice to this cover. Please send your audio files to musikall at free.fr. Thanks.
Bon, je suis une bille au piano mais on reconnaît quand-même. Bonne écoute.


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1. Drella est un surnom d'Andy Warhol, contraction de Dracula et Cendrillon (Cinderella). Songs for Drella est aussi le titre de l'album-hommage à Andy Warhol de Lou Reed et John Cale.
2. 
Le Journal fictif d'Andy Warhol a paru chez Stéphane Millon Éditeur. Éditeur de la revue Bordel et du premier roman de Roxane Duru.
3. Retrouvez Jérôme Attal sur son site et découvrez la page myspace de son livre (avec en écoute une chanson écrite pour l'occasion,
Une journée dans la vie d'Andy Warhol)
4. 
I'll be your mirror, paroles et musique de Lou Reed (c) 1966, 1991 Oakfield Avenue Music Ltd. La version proposée aujourd'hui est arrangée, chantée, jouée, enregistrée et mixée par Franck Garot

samedi 19 septembre 2009

Doughnut compte double

Chat Marin de Fabienne Rhein
Vous trouverez sur Mot compte double une pseudo-suite de mon pastiche de Marie NDiaye, Le doughnut à l'étroit. Ce texte s'intitule Le sachet et n'est plus un pastiche, je ne l'ai pas assez travaillé pour qu'on puisse le considérer comme tel.
Je l'ai écrit pour répondre à l'appel à textes de Françoise Guérin : 1000 caractères (espaces et titre compris), avec obligatoirement un chat. Ce qui me permet de vous proposer ce Chat Marin de Fabienne Rhein dont j'apprécie le travail (lien sur l'image et dans le menu Artistes à droite).
Je ne suis évidemment pas le seul à avoir répondu, voyez la liste ; j'ai adoré, entre autres, le texte de Georges, Meurtres en 1000 signes.
Je vous souhaite une bonne lecture chez Françoise et une bonne visite chez Fabienne.

vendredi 4 septembre 2009

Versatiles Jivaro

Comme annoncé fin juin ici, j'ai proposé ma lecture de la page 48 des Histoires Jivaro de Luc-Michel Fouassier à Pierre Ménard. Celui-ci a accepté et l'a mise en ligne hier.

Cliquez sur l'image suivante pour la découvrir.

Page 48 des Histoires Jivaro de Luc-Michel Fouassier

vendredi 31 juillet 2009

Parenthèse


se mettre entre parenthèses
(hors les flux hors les réseaux)
pour du vert pour du bleu
oublier le noir oublier le gris

du temps disponible
pour l'essentiel
et s'il en reste, écrire

se donner rendez-vous
avec vous
septembre n'est pas si loin

dimanche 28 juin 2009

Les Jivaro de Luc-Michel Fouassier

Histoires Jivaro de Luc-Michel Fouassier
Luc-Michel Fouassier était l’invité surprise de la dédicace de Patrick Dupuis à l’Amandier. Il est l’auteur des Histoires Jivaro, chez Quadrature évidemment.
Nous avons un peu discuté, assez pour que je comprenne que ce type est fou, un genre de passionné des mots, oulipien au possible, bref, un peu comme votre serviteur. Tenez, ces Histoires Jivaro sont 100 nouvelles de 100 mots. Le genre de contrainte qui ne peut pas laisser le créateur des 807 indifférent. Bien entendu, la réciproque se vérifie : les 807 ne pouvaient pas le laisser indifférent non plus. Alors vous pouvez lire son premier 807 (dossard 456) depuis hier.
C’est un passionné des mots, comme je le disais plus haut, mais un passionné actif, genre partageur. C’est ainsi qu’il organise des événements culturels dans sa ville d’Ozoir-la-Ferrière : concours de nouvelles (date limite d’envoi des textes mercredi, dépêchez-vous), le prix Ozoir’elles (jury exclusivement féminin) qui récompense un recueil de nouvelles (le Qui comme Ulysse de l’ami Flipo est sélectionné cette année), et le Salon du livre en novembre. On s’y retrouvera, n’est-ce pas ?
Au fait, ça donne quoi une nouvelle de 100 mots ? Je proposerai une lecture versatile à Pierre Ménard bientôt. En attendant, je me suis pris au jeu, alors pour lui rendre hommage voici un exemple de mon cru, 100 mots, pas un de plus :

Impressionniste

Le train de banlieue le menait tranquillement vers la capitale. La peinture achetée la veille dans son sac, il portait son regard sur la ville qui s’approchait.
Il était tôt. Il pouvait admirer un panorama que n’auraient pas renié Monet et Boudin, ses références ; un ciel d’estuaire, quoique moins changeant, avec des camaïeux de rose et de bleu, et une lumière rasante donnant des reflets cuivrés aux nuages de ce ciel parisien.
Il descendit du train, il longea les voies jusqu’au tunnel. Il sortit les bombes de son sac et commença à tagguer son nom : MoneZ.

lundi 15 juin 2009

L'Amandier dans le jardin de Patrick Dupuis

Ce mercredi 17 juin 2009, Patrick Dupuis dédicacera son recueil de nouvelles Nuageux à serein à la librairie L'Amandier de Puteaux, de 17h00 à 20h00.

L'Amandier
Librairie L'Amandier, PuteauxC'est à l'Amandier que j'achète la majorité de mes livres. Julie et Thomas, les deux libraires, conseillent, se démènent pour commander les livres aux petits éditeurs (je cite Quadrature et D'un noir si bleu) alors que d'autres se contentent des gros distributeurs, et surtout, ils organisent pratiquement toutes les semaines des dédicaces avec des écrivains de polars (Didier Daeninckx, Patrick Pécherot), jeunesse (Magali Turquin), nouvellistes (Gaëlle Pingault), des écrivains-slameurs...




Les deux casquettes
Nuageux à serein de Patrick DupuisPatrick Dupuis viendra donc ce mercredi, avec ses deux casquettes : celle d'auteur et celle d'éditeur. Éditeur parce qu'il a fondé Quadrature en 2004 avec quelques amis. Cette maison d'édition publie exclusivement des recueils de nouvelles. Soyons exhaustifs, vous trouverez chez Quadrature : Liliane Schraûwen, Kenan Görgün, Emmanuelle Urien, Laurent Trousselle, Françoise Guérin, Magali Duru, Jan Thirion, Viviane Faudi-Khourdifi, Agnès Dumont, Luc-Michel Fouassier, Gaëlle Pingault, Agnès Laroche et Éric Rouzaut.
Mais Patrick Dupuis est aussi écrivain. Il vient d'ailleurs de sortir un recueil de nouvelles, Nuageux à serein, aux éditions Luce Wilquin. Et pourquoi pas chez Quadrature ? Parce que, comme il le dit chez Magali Duru, « Un éditeur qui se respecte ne se publie pas lui-même ». Je n'ai pas encore lu son livre. La seule chose que je puisse en dire, c'est que c'est une belle couverture, très herbeuse (d'ou le titre de ce billet). Qui peut me compter le nombre de brins d'herbe ?
Bien entendu, elle ne manquerait pas ça, la régionale de l'étape, Gaëlle Pingault, sera de la fête.

Dans l'invitation que j'ai reçue de l'amandier, il est écrit : « Fans d’écriture et de nouvelles, blogueurs et aficionados littéraires, cette soirée est pour vous !!! ». Je crois bien que ça résume le truc. On se donne rendez-vous mercredi alors ?

jeudi 11 juin 2009

Spaghettis hugoniaises

Comme indiqué mardi, j'accueille exceptionnellement un invité sur ce blog en la personne de Xavier Garnerin qui illustre ce soir le stage d'écriture de pastiches avec cette recette très librement inspirée de la préface de Cromwell, la pièce de Victor Hugo.

Spaghettis hugoniaisesPour 4 personnes :
– trois bons kilogrammes de spaghettis en provenance de la supérette du coin
– un gros bocal de sauce bolognaise
Temps de préparation : 8 minutes

Servir l’air pénétré tout en agitant de grandes idées générales

NB : ce plat est adapté à la cuisine en collectivité, mais plus subrepticement

1- Instaurer l’avènement dans l’opposition
Du jour où Barilla a dit à l’homme : « Tu es double, tu es composé de deux êtres, un homme et une nouille, l’un périssable, l’autre immortelle, l’un charnel, l’autre aux œufs frais, l’un enchaîné par les appétits, les besoins et les passions, l’autre conditionnée dans la grandiloquence du rêve, celui-ci enfin toujours courbé vers la gazinière, sa mère, celle-là sans cesse vantée par la publicité, sa patrie » ; de ce jour les spaghettis hugoniaises ont été créées. Est-ce autre chose en effet que ce contraste de tous les jours, que cette lutte de tous les instants entre deux principes opposés qui sont toujours en présence dans la vie, et qui se disputent l’homme d’11 h 30 jusqu’à la somnolence postprandiale ?

2- Ne pas hésiter à fonder la thèse dans les références historiques habituelles, pour poursuivre
La cuisine est née du christianisme, la cuisine de notre temps n’est donc pas un drame ; car le caractère du drame n’est pas la pâte ; la pâte résulte de la combinaison toute naturelle de deux types, le dur et le mou, qui se succèdent dans l’eau bouillante, comme elle progresse avant toute chose de l’hypermarché au placard. Car la cuisine vraie, la cuisine complète, est dans l’harmonie du même. Puis, il est temps de le dire hautement, et c’est ici surtout que les exceptions confirmeraient la règle, tout ce qui est dans le commerce se retrouve dans l’assiette.

3- Conférer au pronom indéfini les vertus de la solution en travaillant sur le registre de la petitesse et du complexe
En se plaçant à ce point de vue pour juger nos petites recettes à quatre sous, pour débrouiller tous ces savoir-faire scolastiques, pour résoudre tous ces problèmes de goût que les critiques des deux derniers siècles ont laborieusement bâtis autour de la nouille, on est frappé de la promptitude avec laquelle la question, dans la cuisine moderne, ne se pose plus.

4- Rendre compte de la crétinerie des autres, qui non seulement se mêlent de parler de ce qu’ils n’entendent point, mais de plus ne nous arrivent pas à la cheville
Ainsi, que des pédants étourdis (l’un n’exclut pas l’autre) prétendent que la conserve, la sauce en boîte, le tube, ne doit jamais être un adjuvant possible à la nouille, on leur répond que la sauce en boîte, ça se mange, et qu’apparemment, ce qui se mange fait partie de la nourriture. Lustucru n’est qu’un Arlequin bicolore. Panzani sonne son pesant d’italien ; Panzani et Lustucru n’en sont pas moins d’admirables produits qui présagent de la sieste.

5- Convoquer une géométrie en kit pour trier dans un bouquet de qualificatifs opposés
Que si, chassés de ce retranchement dans leur seconde ligne de douanes, ils renouvellent leur prohibition de la conserve alliée à la pâte, de la sauce en boîte fondue dans la nouille, on leur fait voir que, dans la cuisine des peuples chrétiens, le premier de ces deux types représente la bête humaine, le second l’âme. Ces deux tiges de l’art culinaire, si l’on empêche leurs rameaux de se mêler, si on les sépare systématiquement, produiront pour tous fruits, d’une part des abstractions de vices, de ridicules ; de l’autre, des abstractions de crime, d’héroïsme et de vertu publicitaires. Les deux types, ainsi isolés et livrés à eux-mêmes, s’en iront chacun de leur côté, laissant entre eux l’abomination de la faim, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. D’où il suit qu’après ces abstractions, il restera toutefois à l’homme quelque chose à cuisiner : de la bonne nouille sanctifiée à la sauce des bas-fonds.

Xavier Garnerin

mardi 9 juin 2009

Un perroquet avec Xavier Garnerin

Recette du perroquet sur delirium-cocktails.com
Je n'ai absolument aucune honte à balancer un jeu de mots nullissime comme titre d'un article sur mon blog. Et je le prouve. Seulement, celui-ci est tellement nul que je suis obligé de l'expliquer. Un perroquet, c'est un petit mélange idéal l'été pour l'apéro : du pastis avec du sirop de menthe. Un pastis vert quoi.
Je ne vous parlerai pas de Vert pastiche (ah d'accord, vous dites-vous, perroquet, vert, pastis, pastiche), la revue dont on se demande si elle bouge encore, mais d'un atelier d'écriture de pastiches à la campagne, au vert. Je pense que maintenant vous savez de quoi je suis capable en termes de jeux de mots foireux et vous savourez la chance d'avoir été épargnés jusqu'à aujourd'hui.

Recette du perroquet sur 1001cocktails.comXavier Garnerin est un indécrottable pasticheur devant l'Éternelle (la Littérature). J'ai déjà parlé de son blog ici, c'est grâce à ses conseils que j'ai pu écrire ce doughnut à l'étroit, et pour savoir de quoi il est capable, lisez donc ses pastiches sur Mot compte double.

Ainsi, il organise un atelier d'écriture avec quelques amis et si l'expérience vous tente, vous êtes les bienvenus. Ne vous attendez pas à suivre un cours dans un salon de l'hôtel Lutetia en sirotant une coupe de champagne. Pas le genre de la maison. Non, cela se passera du 11 au 18 juillet, dans le village de Lermitagne en Haute-Loire. Le stage lui-même est gratuit, et comme il le précise lui-même « juste on participe à la bouffe et si on est pas accro au confort, y'a des endroits pour pieuter gratos, y compris un pré pour planter sa tente ».

Vous me direz si vous avez bu un perroquet avec Xavier Garnerin.

Avant de vous donner le programme concocté par les organisateurs, j'annonce que sous 48 heures il sera illustré sur ce blog par un texte de sieur Garnerin.


Intitulé : Petite cuisine d’auteurs

Objectifs
– développer ses capacités d’expression par le biais de l’écriture mimétique ;
– partager des analyses de la pratique ;
– participer à l’élaboration d’un recueil collectif ;
– faire le lien entre un texte et une iconographie.

Projet
Réaliser un livre de recettes de cuisine, où chacune sera écrite à la manière d’un auteur. Le texte n’a pas à respecter strictement les contraintes du genre (impératif prescriptif, etc.), mais cherchera plutôt à travailler sur la mise en scène de l’épisode culinaire.
On y adjoindra une photographie du plat concerné.
Exemples :
– œuf à la coque proustien ;
– bisque de calamars à la Volodine ;
– minuscules tapas du Père Michon ;
– tourte mauriacienne ;
– grande tarte à l’unique tranche de pomme à la Oster, etc.

Nombre de participants
Une douzaine

Dates
Du samedi 11 juillet au samedi 18 juillet

Lieu
Lermitagne (Haute-Loire)

Coût
– participation aux repas ;
– possibilité de gérer directement un hébergement en gîte (sur place) ;
– possibilité de camping gratuit ;
– hôtels à La Chaise-Dieu (15 km).

Contact
garnerin.xavier@wanadoo.fr

Xavier Garnerin, Sylviane Saugues

dimanche 7 juin 2009

Un dimanche au purgatoire

Évidemment, vous le savez, Françoise et moi, c'est une longue histoire. Littéraire, bien entendu. Cette histoire a commencé à l'époque où elle raflait tous les prix des concours de nouvelles avec ses deux amis Flipo et Urien. Puis elle a ouvert Mot compte double, une maison de fous, qu'elle m'a invité à rejoindre. Ce que je ne pouvais refuser. Quant à Manu Causse, c'est récent, quelques mois tout au plus, j'ai découvert son blog, sa musique, ses 807, pour enfin lire un de ses livres, et je ne le regrette pas.


Un dimanche au bord de l'autre de Françoise Guérin
J'avais aimé son premier recueil, Mot compte double (oui, comme le blog, pure coïncidence). Seulement, j'avais trouvé qu'il manquait de cohérence. Du reste, comme d'autres recueils de la maison Quadrature. Je dis cela sans aucune volonté de déprécier le recueil (excellent) ni le travail de l'éditeur (essentiel). C'est juste que je suis un vieux garçon bourré de principes parmi lesquels celui qu'un recueil doit être cohérent, au niveau du style, des thèmes. Cela ne remet absolument pas en cause la qualité de chaque nouvelle. Par exemple, j'avais adoré Coma, texte implacable, qui nous avait valu un passionnant échange concernant le temps du dernier paragraphe.
Un dimanche au bord de l'autre de Françoise GuérinMais revenons au dimanche. Eh bien, ce deuxième recueil, d'un point de vue cohérence, est parfait. Les nouvelles mettent en scène des psys, des patients. On pourrait craindre un recueil un peu lourd au vu des sujets traités. Seulement, Françoise a deux techniques. La première consiste à écrire des choses intelligentes (elle connaît bien les sujets, ça aide). La seconde, à les écrire intelligemment. Très bonne idée, par exemple, que ce Divan qui revient entre chaque nouvelle, il aère le recueil. Écouter à ce propos la lecture du premier Divan par Sylvie Pavot.
Autre méthode pour capter le lecteur : le style. Françoise mêle l'humour, le mot juste et le rythme. Et le musicien que je suis est très sensible au rythme. Pour se rendre compte ce que signifie le rythme selon Guérin, écouter la page 48 (c'est un vrai acteur qu'il aurait fallu, pas un lecteur amateur comme moi) : jeux de mots, monologue, dialogue, etc.
Difficile pour moi de dire quelles nouvelles je préfère. Ce serait comme choisir un chapitre d'un roman. Bon, je vais le relire, au cas où.
Son recueil a reçu le prix Missives (Poste et l'Atelier du Gué), ce qui lui vaut un bon soutien dans la revue Brèves (dont je parlerai demain).
Et je ne mentionnerai pas son polar À la vue, à la mort, au Masque, on en parlera quand elle sortira le deuxième opus, d'accord ?
Un dimanche au bord de l'autre a paru à l'Atelier du Gué.


Visitez le purgatoire (emplacements à louer) de Manu Causse
Visitez le purgatoire (emplacements à louer) de Manu CausseCommençons par être désagréable. Ça n'a pas été simple d'acheter ce recueil en librairie. Je vous conseille plutôt de le commander directement auprès de l'éditeur, vous gagnerez du temps. Voilà, c'est fait. Passons à l'essentiel.
L'écriture de Manu est hypersensible, à la limite de la poésie parfois, et, qualité que j'apprécie, elle est faite d'empathie. Oh, pas d'empathie superficielle, pas celle des "je vous ai compris" de circonstance. Manu sait partager la douleur de ses personnages tout en prenant le recul nécessaire pour éviter le voyeurisme. Car Manu est un funambule.
Alors qu'elle habite chaque texte de Manu, la poésie domine complêtement Som. C'est le seul texte qui m'ait déçu. Certainement suis-je un mauvais lecteur, pas assez aveyronnais parce que trop normand, pour goûter à cette poésie-là. Un peu comme ce que je ressens souvent en écoutant de la musique classique, j'admire la construction, les harmonies, les musiciens mais ça ne me transporte pas (je suis aussi mauvais auditeur).
Autre petit bémol, la fin de l'excellentissime Chasse à l'homme, que j'ai trouvée trop explicative. J'aurais aimé qu'il la ferme un peu le gendarme, que la fin claque.
Mis à part ces deux remarques, j'ai adoré ce recueil ; le mystère qui enveloppe progressivement Adam et Eve, ou la vie exaltante de M'sieur Luc très bien rendue. Et puis Atlas.
Parlons d'un sujet que je ne maîtrise pas. Atlas, c'est l'antithèse de la gay pride, c'est parler d'une relation homosexuelle avec finesse, sans cliché, sans provocation. La gay pride, c'est "je suis pédé et je t'emmerde", certainement une réaction à l'homophobie, pas le meilleur moyen de la combattre. Manu, quant à lui, se place dans la normalité, voire l'universalité, analyse la douleur de la perte, fût-elle celle d'un homme pour un autre homme. Et je suis flatté que cette douleur-là s'appelle Franck, prénom somme toute commun mais peu utilisé en littérature. Je suis persuadé que les homosexuels n'aspirent qu'à l'indifférence, je veux dire qu'on ne considère plus leur sexualité comme un critère (pour un poste, une adoption, un logement, etc.), et je pense que des textes comme Atlas peuvent y contribuer, lentement. Finalement, Atlas ne parle pas de relation homosexuelle, il parle du deuil, de ce monde qui s'écroule face à la perte de l'être aimé, et seul Atlas peut soulever ce monde.
Si vous n'êtes toujours pas convaincu qu'il faut lire ce recueil, voyez comme en parle (bien mieux que moi) Magali Duru, une pépite.
Je voudrais terminer en tirant mon chapeau à l'éditeur. J'ai rarement lu chez un petit éditeur si peu de coquilles, de fautes, et la typographie est impeccable. Il a débauché les correcteurs de Gallimard ? J'apprécie, c'est une question de respect du lecteur.
Visitez le purgatoire (emplacements à louer) a paru aux éditions D'un noir si bleu.

La prochaine fois, je vous parlerai de deux revues: Brèves et l'Encrier renversé.

lundi 1 juin 2009

Europe et Turquie : futur conditionnel ?

Sachez que je suis opportuniste. Alors, je profite des élections européennes pour vous donner à relire un texte publié l'année dernière sur Mot compte double.



Europe et Turquie : futur conditionnel ?
On le sait, l’Europe frappe à la porte de la Turquie depuis des années. Mais les Turcs usent de toutes les ruses pour reporter cette ouverture. Les raisons, on les connaît : droits de l’homme et de la femme, religion, économie, etc.

Ainsi, la Turquie craint un flot de catholiques, et il faut avouer que sa constitution laïque et républicaine accepterait mal ces monarchies de la vieille Europe, comme la Grande-Bretagne ou la Belgique. Elle accepterait encore moins des pays comme la Pologne qui seraient complices de transports de prisonniers par la CIA en dépit des droits de l’homme, des conventions de Genève. Que dire aussi d’un pays comme la France qui donne des leçons de démocratie en ratifiant par la voie parlementaire un traité que le peuple a refusé par la voie référendaire ? Enfin, ne parlons pas non plus des scandales politico-financiers dont la France – encore elle – semble s’accommoder comme avec les affaires Elf et Clearstream. Oui, la Turquie a peur de cette Europe, comme on craint tout ce qui est différent, et on la comprend.

Cependant, là ne sont pas les plus grands obstacles. En effet, la grande différence entre la Turquie et les pays d’Europe reste la question du temps. Quel temps, me direz-vous ? Tous. Nous parlerons du futur.

Le turc possède 8 temps déclinés en 6 modes. Certaines associations temps-modes n’ayant pas de sens, cela donne 36 conjugaisons (et non 48) contre 23 pour le français (d’après Le Conjugueur). En ce qui concerne le futur, nous en avons 2 en français (simple et antérieur) et 6 modes pour le futur turc. D’aucuns me rétorqueront qu’un conditionnel peut aussi avoir valeur de futur dans le passé, ou que la forme « je vais manger » n’apparaît pas dans la liste alors qu’elle exprime un futur imminent. Alors, disons que nous traiterons ici des déclinaisons des verbes car la force de la conjugaison turque réside dans la suppression de toute ambiguïté, une déclinaison verbale n’a qu’un sens, et elle ne s’encombre pas d’auxiliaire ou d’autre forme verbale composée ; un seul mot décide du temps, du mode. Quittons la théorie pour un peu de pratique.

Prenons un verbe du premier groupe : loller. Pour la définition de ce verbe, cliquez ici et pour sa conjugaison complète, cliquez .

En turc, loller se traduit lolmak. Car j’en ai décidé ainsi.
Conjuguons en turc et au futur :



Dans la conjugaison, vous noterez que lol représente le verbe, que acak indique invariablement le futur quel que soit le mode, ce qui suit correspond au mode conjugué, et en turc, m termine chaque verbe à la première personne du singulier.

C’est pourquoi, lors d’un sommet turco-européen, à la question « accepterez-vous l’entrée de l’Europe en Turquie ? », le diplomate turc, facétieux car connaissant la pauvreté de la conjugaison française (ou anglaise), pourrait répondre au choix : kabul edeceğiz ou kabul edeceksek (note : kabul etmek = accepter). Deux réponses au futur. La première en futur simple signifie « oui », la seconde en futur conditionnel « cours toujours ! ».

Pour sûr, si on lui pose cette question, le diplomate turc lollera, pardon, lolacak...

Et pour le plaisir, voici la conjugaison de loller au futur conditionnel :

Ben lolacaksam
Sen lolacaksan
O lolacaksa
Biz lolacaksak
Siz lolacaksanız
Onlar lolacaklarsa

Attention, certains i de cette chronique n’ont pas de point, c’est exprès. Si le turc vous passionne, nous parlerons de l’euphonie une prochaine fois, pour apprécier Nâzım Hikmet en V.O., un poète que Monique Coudert nous a déjà présenté ici sur Mot compte double.
__________
Merci à Alexis Beuve et Jean-Paul Lamy.
Dessin de Daniel Maja. Visitez
la vie brève son blog au jour le jour.

mercredi 13 mai 2009

Lucky et le tourniquet

Ce soir, je vous parle de deux amis romanciers. Je les ai connus nouvellistes quand nous participions aux concours de nouvelles. Ils ont tous les deux publié trois recueils de nouvelles, côté romans, Georges en a un d'avance sur Emmanuelle qui sortait fin janvier son premier. Et moi, j'ai publié quoi ? Euh, c'est pas le sujet du billet.

Le film va faire un malheur de Georges Flipo
Je craignais le pire avec le second roman de Georges Flipo. On disait ça et là que son livre ferait un excellent film, ce que l'auteur ne démentait pas. En général, les romans qui font d'excellents films m'ennuient profondément. Lire un scénario, c'est pas ma came. Dans la littérature qui m'intéresse, l'histoire n'est qu'un élément, parfois même mineur, voire inexistant. Le style et le point de vue m'importent davantage. Bref, ça partait mal. C'était sans compter sur l'ami Flipo, et son ironie, sa férocité, sa concision, son rythme...
Commençons par les personnages. Alexis Pirief est odieux, lâche, couard aussi. J'adore Alexis Pirief. Sammy Raggi, le malfrat qui va enrôler Pirief dans cette histoire, n'a rien d'un héros non plus. Des personnages qui nous ressemblent en quelque sorte. Et le meilleur rôle revient à Clara. Déjà, dans son premier roman, Le Vertige des auteurs, le personnage féminin, Arlette, avait sur la fin une dimension dramatique intéressante. Ici, avec Clara, il ajoute la classe, la finesse. J'ai rarement lu un portrait aussi subtil. Le lecteur ne peut que tomber amoureux de Clara.
Ensuite, le style. Concis, juste, intelligent. Georges abhorre le gras, surveille la ligne de son style. Je lui en suis reconnaissant. Manger, bouger, comme ils disent à la radio.
Et puisque l'on parle de bouger, cela nous amène à l'histoire, puisque Georges aime raconter des histoires. C'est un peu alambiqué tout ça, ça part dans plusieurs directions. Une histoire pareille où les rebondissements arrivent à chaque chapitre, où le rythme est rendu plus vif avec un style concis, me fait penser à un tourniquet. Lorsque l'on monte sur un tourniquet, qu'on est lancé à vive allure, le risque est de devenir nauséeux (ou malaucoeureux comme on dit en Normandie) ou complêtement étourdi à ne plus marcher droit. Heureusement, je n'en suis sorti qu'étourdi, ouf ! mais grands Dieux, ça dépote ! Très bonne fin aussi.
J'ai donc, en tout objectivité, beaucoup aimé le livre de Georges. Et j'attends le prochain avec impatience.
Quatre points néanmoins : 1) j'ai immédiatement vu l'entourloupe avec la photo de Babacar Diop ; 2) prendre la Golf pour aller de la rue Amiral de Maigret à Trouville au Tennis-Club, c'est a-bu-sé comme disent les jeunes ; 3) la ville de L***. Les noms de villes sont indiqués partout dans le roman sauf pour la ville de L***. Pourquoi ? Peur du maire ? Pour moi, c'est Lisieux, point barre, et tant pis pour le maire (qui n'est pas sénateur, d'ailleurs) ; 4) la partie africaine vers la fin, m'a paru too much.
Précisons qu'il a paru au Castor Astral, une excellente maison d'édition.


Tu devrais voir quelqu'un d'Emmanuelle Urien
Emmanuelle Urien a écrit trois recueils de nouvelles aussi bons que noirs, je cite : Court, noir, sans sucre chez l'Être minuscule, Toute humanité mise à part chez Quadrature et La Collecte des monstres chez Gallimard. Elle passe au roman avec Tu devrais voir quelqu'un (bravo pour le titre, au passage).
Sans détour : j'ai adoré le premier roman d'Emmanuelle. Cela correspond exactement à mes goûts littéraires. Janvier, le personnage qui fait irruption dans la vie de Sarah, m'a fait immédiatement pensé à Lucky le personnage de Beckett dans En attendant Godot, peut-être parce qu'il ne parle pas, qu'il est drôlement vêtu, je ne sais pas.
C'est noir, parfois drôle, et totalement maîtrisé. Intelligence du premier chapitre contre la chronologie (j'ai pensé à Toussaint), les insultes fortes et indispensables (parfait, ce "sale petite pute" violent mais adapté), l'italique omniprésent qui finalement rend la lecture plus fluide, les petites trouvailles comme celle du déjeuner par ordre alphabétique. Et là aussi pas de gras, les os à vif même, la douleur à l'état pur : la douleur de l'amour et la douleur de l'écriture, et dans les deux cas, douleur se conjuguant avec solitude. De la belle ouvrage.
Pour être complet, je me dois de parler de la fin, une fin de nouvelliste, idéale. Je parle ici de l'idée de la fin, car tout de même, ce dernier chapitre, c'est vraiment dommage : l'idée est là, seulement il manque les bons mots. C'est pour moi la seule déception à la lecture de ce roman, le style ici marque un peu le pas, en-deça des autres chapitres.
Emmanuelle est nouvelliste, rappelons-le, et en écrivant un premier roman de cette qualité, elle court le risque qu'on lui en réclame un second. J'en fais partie. Après le quatrième recueil alors, d'accord ?
Précisons qu'il a paru chez Gallimard, un petit éditeur prometteur.

Demain (ne rigolez pas), je vous parle de Françoise Guérin et de Manu Causse.
__________
En me relisant, je me rends compte que j'ai oublié de citer les recueils de Georges : La Diablada et Qui comme Ulysse chez Anne Carrière et L'Étage de Dieu chez Jordan (Belgique)

jeudi 7 mai 2009

Parlons (encore) de Chevillard

Encore ? Vous vous dites que Garot va encore parler de Chevillard. Bah oui, et deux fois même. Vous vous dites aussi que c'est une affaire entendue, il va nous servir du dithyrambique, il ne peut pas cracher dans la soupe, si on parle de Garot sur les blogs c'est uniquement à cause des 807, donc de Chevillard. Bah non. Je dirai du bien de Nisard, certes, mais beaucoup moins de l'Autofictif.

Démolir Nisard d'Éric Chevillard
PourDémolir Nisard d'Éric Chevillard Démolir Nisard, c'est la faute à Pierre Ménard et sa page 48. Je n'allais pas lire une seule page du livre. J'ai donc lu ce Nisard en entier. Et j'ai trouvé ça très drôle. Jamais une lecture m'avait autant amusé.
Beaucoup d'ironie, d'autodérision, une grande dose de mauvaise foi. Je suis assez fan de petits détails comme le magasin de vêtements situé à Gap, j'aime bien les images (enfin les sons) commes les riffs de guitares annonçant les auteurs américains. C'est du très bon travail. Évidemment, lorsque l'on part tambour battant pour faire la peau à Nisard, qu'on use de toutes les ficelles, le risque, c'est de manquer de souffle sur la distance, c'est ainsi qu'un peu avant la fin, j'ai touvé la partie sur le Convoi de la laitière faible par rapport au reste. Un passage à vide dans le marathon ? Nisard aurait-il finalement influencé le style de Chevillard ? Une annonce de la suite ? Heureusement, il reprend la course, plus lentement, plus sérieux, pour un final logique et bien écrit.
Sur les 807, j'écris que je suis partagé entre l'admiration et la totale incompréhension. Disons Nisard pour l'admiration et le hérisson pour l'incompréhension.

L'Autofictif d'Éric Chevillard
L'Autofictif d'Éric ChevillardLe malicieux François Bon m'ayant signalé qu'Éric Chevillard copiait de manière éhontée le blog des 807 (article ici), je me suis empressé de me procurer l'Autofictif. Après vérification, il n'apparaît qu'il n'aurait pompé qu'un seul 807, le premier. Je prévois néanmoins un second emprunt, ce sera le premier du tome 2.
On trouve de bonnes choses dans ce livre, mais le support ne me semble pas adapté, je conseille à Éric Chevillard d'ouvrir un blog, je pense que ça peut marcher. Allez, devenons sérieux...
On trouve de bonnes choses donc, mais aussi des superflues, des contextuelles (alors que le contexte n'est pas signalé par des notes). Je suis quelque peu perplexe sur ce livre. Et l'auteur nous dit dans une interview (expresse) publiée sur le site de l'Express :
La lecture du livre curieusement ne redouble pas celle du blog, parce qu'un livre par nature n'appartient plus au temps, il s'affranchit de sa loi. Je trouve donc pour mon compte passionnant d'observer ce qui change dans un même texte tour à tour soumis à l'épreuve du présent sans lendemain du blog puis à ce hors-temps du livre.

Mouais. Je serais plus enclin à penser, sauf son respect, qu'il nous prend pour des débiles. Je vois l'histoire différemment, un éditeur lui propose de sortir son autofictif en livre, il dit, "ouais pourquoi pas, sauf que j'ai pas de temps à consacrer à ces conneries" (oui, j'imagine qu'il ne parle pas comme il écrit). Résultat, aucune correction, aucune note, aucun tri, on sort direct le blog en livre, à un prix qui me semble déraisonnable.
L'argument hors-temps ne tient pas. Qui, dans trente ans, se souviendra encore d'Alexandre Jardin ? Alors que je suis certain qu'on parlera toujours de la joggeuse au petit caleçon court, du gros célibataire et de la délicieuse Agathe.
Je suis déçu, le livre ne tient pas les promesses du blog, un livre superflu je trouve (malgré les pépites qu'il contient), un best of m'aurait davantage convenu (sans Alexandre Jardin, Régine Deforges, Ingrid Betancourt, Jean-Louis Ezine...).

Démolir Nisard a paru aux Éditions de Minuit : http:/ww.leseditionsdeminuit.com/
L'Autofictif a paru à l'Arbre Vengeur : http://www.arbre-vengeur.fr/

Demain, je vous parle de Georges Flipo et d'Emmanuelle Urien.

mardi 5 mai 2009

Vous écrivez ?

On me posait récemment cette question : en ce moment, vous écrivez ?
Ma réponse fut : non, je lis. Les lecteurs de ce blog ont maintenant une idée de ce que j'écris, certainement moins de ce que je lis. Alors ?

Je pourrais vous parler des écrivains que je n'ai jamais lus et que je ne souhaite pas lire. Seulement, je passerais auprès de 90% des Français, soit pour un Martien, soit pour une personne qui ne s'intéresse pas à la littérature. Je ne vous parlerai donc pas de Marc Lévy, Guillaume Musso, Stieg Larsson, Bernard Werber... Il y a aussi des auteurs que j'ai lus une fois, et que, juré craché, je ne relirai plus. Je ne vous parlerai pas d'Alexandre Jardin, Jean d'Ormesson, Amélie Nothomb... Je préfère parler de ceux que je lis.

Pour commencer, les amis, comme Françoise Guérin, Emmanuelle Urien ou Georges Flipo, et des écrivains moins connus comme Éric Chevillard, Emmanuel Carrère, Jean Echenoz ou Olivier Adam. Listes non-exhaustives. Mes lectures se partagent équitablement entre recueils de nouvelles et romans. Du théâtre et de la BD parfois, très rarement de la poésie.

Pendant les quelques jours qui suivent, je vous fais un petit compte rendu de mes lectures ces dernières semaines. N'ayez crainte, ce blog ne se transforme pas en blog de lectrice. Elles le font mieux que moi, et lisent davantage aussi. Je commence aujourd'hui par Magali Turquin.

Innocent de Magali Turquin
Ce court livre de 63 pages m'a été conseillé par mon libraire à la faveur d'une séance de dédicace à laquelle finalement je ne suis pas venu, ni même l'auteur. Ce récit plutôt destiné aux jeunes (oui, je me crois encore jeune) se lit d'une traite, comme une longue course, celle du narrateur qui fuit ses bourreaux pendant le génocide rwandais, et mêle l'époque du génocide avec le présent, le temps du souvenir, de l'héritage, où l'on apprend que si on peut échapper temporairement à la mort, les souvenirs, eux, hanteront toujours les rescapés, à cause des absents notamment. L'auteur mêle assez naturellement les causes du génocide, la description de l'horreur et les questions sur l'après, le pardon, comment survivre à un tel carnage. Le choix de la fluidité du style et du rythme sont les bienvenus pour un sujet aussi grave.
Voilà un excellent livre pour expliquer le génocide rwandais à nos chères têtes blondes. Les adultes pourront bien sûr lire Une saison de machettes de Jean Hatzfeld, d'ailleurs Magali Turquin le mentionne à un moment. Accessoirement, ce livre m'a inspiré un 807, le numéro 158 (je vous l'accorde, j'ai fait mieux).

Le livre a paru aux Editions du Jasmin : http://www.editions-du-jasmin.com/
Retrouvez l'auteur sur son blog : http://magaliturquin.hautetfort.com/

Demain, je vous parle (encore) de Chevillard.

mardi 21 avril 2009

Dimanche versatile

Le dimanche au bord de l'autre
Cliquez sur l'image pour écouter la lecture versatile du Dimanche au bord de l'autre de Françoise Guérin. En écoute depuis dimanche sur Page 48.

vendredi 27 mars 2009

Motoki, Kawabata et moi

J'annonce que ma nouvelle La vie en atari est publiée en bonus littéraire du dernier livre de Motoki Noguchi, Tsumego, l'art du combat au jeu de go, aux éditions Praxeo.

Promouvoir la nouvelle
Tsumego, l'art du combat au jeu de go, (c) Praxeo 2009, 544 pages, 39 euros En 2005, alors que je débutais dans l'écriture, je participais à des forums où l'on se plaignait de la place de la nouvelle en France, du quasi-monopole du roman, de cette contrainte de chute obligatoire. Bien entendu, on ne remettait pas en cause la qualité des recueils de nouvelles : c'était un coup monté par les éditeurs et les médias... Oh, on n'était pas à cours d'idées pour changer tout ça. Je me souviens de celle qui consistait à forcer les éditeurs à offrir une nouvelle pour tout achat de roman. J'avais moi-même envoyé une lettre au ministre de la Culture de l'époque pour proposer une "Star academy de la nouvelle". Ce projet, que je décrirai peut-être ici un jour, fut étudié par Radio-France, et rejeté. Au moins, j'avais essayé.
Bien entendu, il faut louer le travail des petites maisons d'édition (Quadrature, D'un noir si bleu, Filaplomb, etc.) ou les revues (Brèves, l'Encrier renversé, Pr'Ose!, Sol'Air, etc.) qui défendent le genre, d'ailleurs je suis plutôt un bon client.
Ce que propose Praxeo aujourd'hui, c'est d'aller chercher des lecteurs ailleurs que dans le cercle restreint des amateurs de nouvelles.

Motoki, le maître de go
Motoki aime la France, et la langue française. D'ailleurs, il s'est installé à Tours pour apprendre le français car, paraît-il, c'est la ville où on le parle le mieux. 18 mois après son arrivée en France, Patrick Venant du club de go de Tours le présente à Alexis Beuve des éditions Praxeo. Commence alors l'aventure du langage des pierres, son premier livre, une aventure à laquelle j'ai modestement participé pour les relectures. Son livre devient dès sa sortie une référence pour l'apprentissage du go. Car Motoki n'est pas seulement un maître de go, mais aussi un excellent pédagogue. Par exemple, il a l'idée géniale de construire son livre comme un dialogue entre un maître et son élève. Son deuxième opus, plus ambitieux, est très attendu. Enfin, Motoki est le champion de France en titre.
Vous pourrez le rencontrer demain à Paris pour un événement exceptionnel. Si, comme moi, vous ne pouvez pas venir, sachez que d'autres sont en préparation (à suivre sur le site de l'éditeur), j'espère avoir un jour l'occasion d'affronter Motoki !

Le Kawabata du pauvre
Bien entendu, ma nouvelle parle de go. C'est même d'une partie de go qu'il est question. Et là, s'approche l'ombre tutélaire du grand Kawabata, premier Japonais prix Nobel de littérature, et son livre, Le Maître de go, la référence pour tout joueur de go. Je n'ai pas la prétention me mesurer à Kawabata : ma nouvelle ne fait que 7 pages, la partie est fictive et je souhaitais introduire des sujets que je traite habituellement dans mes textes comme la mort, le sens de la vie, les actes manqués, etc. Son titre, La vie en atari, signifie la vie en danger.
La première version de ce texte date de 2005. Motoki m'a raconté cette étrange impression en la relisant quelques années plus tard (et beaucoup de modifications) car, l'un des deux joueurs a 15 ans, ce qui lui a rappelé cette finale mémorable du championnat de France qu'il jouée depuis (août 2008) contre le jeune Thomas Debarre. Il l'a gagnée de justesse (un demi-point !), mais contrairement à ma nouvelle, il n'y a pas eu de "grande avalanche"...
J'espère que les joueurs comme les amateurs de littérature apprécieront ma nouvelle. Quoi qu'il en soit, merci à Motoki et Alexis d'avoir permis cette expérience et d'avoir joué les consultants techniques de choc. Une expérience que je conseille aux nouvellistes, d'ailleurs d'autres livres sont en préparation (go, shogi, xang qi, poker, etc.), avis aux amateurs !
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Illustration : Ermites jouant au go. Paravent du XVIe-XVIIe siècle
Tsumego, l'art du combat au jeu de go, (c) Praxeo 2009, 544 pages, 39 euros
Jeu de go, le langage des pierres, (c) Praxeo 2005, 2007, 244 pages, 24.90 euros